Projet de texte sur la fiction
#brouillon #théorie #fictionAu sujet de Deborah dérobée :
Je demande à ce que mon texte soit lu comme de la fiction. C’est-à-dire reçu comme un objet linguistique dont les éléments “discours” et “référence au réel” sont artificiellement restreints, comme la croissance d’un bonsaï, à un espace autonome délimité dans une intention de contemplation et de loisir.
Pacte de lecture
Dans Le Pacte autobiographique (1975), Philippe Lejeune définit des pactes ou contrats de lecture qui s'établissent entre un auteur et ses lecteurs sur la base de certaines indications textuelles (dans le texte) et paratextuelles (autour du texte, sur la couverture du livre ou dans une préface, par exemple). D'une part, le pacte autobiographique reposerait sur l'identité de nom entre l'auteur, le narrateur et le personnage principal, ainsi que sur des engagements de sincérité et de référentialité à la fois explicites ("Je vais raconter l'histoire de ma vie") et implicites (emploi de la 1ère personne au passé). D'autre part, le pacte romanesque ferait grosso modo l'inverse: non identité auteur-narrateur-personnage, signaux de ficionnalité ("roman" sur la couverture), sincérité remplacée par "mentir-vrai" et absence de référentialité.
Ces notions, immédiatement contestées (notamment par Serge Doubrovsky qui définit l'autofiction en 1977, au sujet de son roman Fils, comme à peu près exactement la négation de cette distinction entre deux pactes distincts), continuent néanmoins d'influencer notre compréhension des textes, peut-être parce qu'elle reflètent une approche naïve (c'est-à-dire spontanée et très répandue) de la lecture. Lorsque un texte "parle de la réalité", nous aimerions savoir "si c'est vraiment vrai" ou si c'est "inventé". La réponse est beaucoup moins binaire, chaque texte nouant ses propres fils narratifs et suscitant des réponses plus ou moins claires chez différents lecteurs. (Les Mémoires d'un ancien président de la République sont-elles autobiographiques ou fictionnelles ? Les avis peuvent diverger.)
Cependant, nul ne sait plus que moi combien les textes se nourrissent, cannibales, de l’expérience vécue (ou imaginée, ce qui est la même chose) par leur auteur. Et, lorsque celui-ci s’intéresse aux autres, indirectement d’éléments factuels (c’est-à-dire douteux) soutirés à la vie des autres.
Je vais tenter de mieux décrire ce processus. Que mon intention soit claire : montrer qu’il serait erroné (erreur inévitable ? c’est ce que nous verrons) pour un lecteur concerné d’entreprendre la direction d’interprétation inverse. Penser pouvoir digérer mon expérience de manière à produire fiction utile, c’est folie qui n’engage que moi. Penser pouvoir remonter le cours de cette folie, avec ses rapides et ses chutes, serait plus qu’insensé : suicidaire.
Mise en garde autant qu’analyse, donc. Prenez-la au sérieux ou ne me lisez pas.